Les autorités burundaises doivent faire la lumière sur la disparition forcée de Monsieur Augustin HATUNGIMANA enlevé par la police nationale le 09 décembre 2015 à Cibitoke

DECLARATION DU FOCODE n° 002/2017  DU 24 Février 2017

 

« Les autorités burundaises doivent faire la lumière sur la disparition forcée de Monsieur Augustin HATUNGIMANA enlevé par la police nationale le 09 décembre 2015 à Cibitoke ».

Dans le cadre de sa « Campagne NDONDEZA contre les disparitions forcées au Burundi », le FOCODE a reçu des informations sur l’enlèvement et la disparition forcée de Monsieur Augustin HATUNGIMANA, jeune homme de 27 ans enlevé le 09 décembre 2015 aux environs de 17 heures à Cibitoke en mairie de Bujumbura par un groupe de policiers et agents du Service National de Renseignement (SNR) commandé par le tristement célèbre Mathias-Joseph NIYONZIMA alias KAZUNGU.

Ce 17ème dossier NDONDEZA rappelle, à travers la disparition forcée de M. Augustin HATUNGIMANA, la terrible répression du régime Nkurunziza contre les jeunes leaders de l’opposition ayant contesté son troisième mandat. De manière particulière, le dossier rappelle le carnage impuni du 09 décembre 2015 à Mutakura et révèle des pratiques inhumaines de terreur sur des familles des victimes de disparition forcée.

A. Identité de la victime

  1. Fils d’ Emmanuel NSHIMIRIMANA et de BARAKAMFITIYE Césarie, Augustin HATUNGIMANA est né le 15 août 1988 à Butavuka en zone Muzinda, commune Rugazi de la province Bubanza à l’Ouest du Burundi. Au moment de sa disparition forcée, il résidait à la 16ème avenue No 15[1] de la zone urbaine de Cibitoke, au Nord de la ville de Bujumbura. Membre du mouvement SCOUT, il était connu sous le totem de « TARPON Complaisant ».

B. Appartenance politique et activisme citoyen de Monsieur Augustin HATUNGIMANA

  1. La famille de la victime affirme que M. Augustin HATUNGIMANA était un membre actif du Mouvement pour la Réhabilitation du Citoyen (MRC Rurenzangemero), un parti politique de l’opposition alors dirigé par feu Colonel Epitace BAYAGANAKANDI. Il était vice-président de la section jeunesse de ce parti, « ABAHIZI », en zone urbaine de Cibitoke.
  1. Dès l’aube du déclenchement des manifestations pacifiques contre le troisième mandat du Président Pierre NKURUNZIZA le 26 avril 2015, Augustin HATUNGIMANA fut un des principaux mobilisateurs et animateurs des manifestations en zone urbaine de Cibitoke. Mettant en pratique ses notions de secourisme apprises dans le scoutisme, il offrait souvent les premiers secours aux manifestants victimes de la répression policière.

C. Un carnage à la 15ème avenue de Mutakura (zone Cibitoke) le 09 décembre 2015

  1. La matinée du 09 décembre 2015 a été particulièrement pénible pour les habitants de la zone Cibitoke en général et ceux de la 15ème avenue de Mutakura en particulier. En effet, dans les heures de l’avant-midi, des militaires et des policiers sous le commandement de feu Lieutenant-Colonel Darius IKURAKURE avaient fusillé à bout-portant cinq (5) jeunes hommes dont au moins deux avaient été libérés la veille de la prison centrale de Mpimba. Plusieurs rapports évoquent cet événement qui ne sera qu’un prélude au terrible massacre du 11-12 décembre 2015 communément appelé #1212Massacre.
  1. Le journal Iwacu a mieux rapporté sur le carnage du 09 décembre 2015[2]:

5 jeunes hommes habitant dans la parcelle n° 101 à la 15ème avenue à Mutakura dans la zone Cibitoke ont été tués ce mercredi 9 décembre vers 11 heures du matin. La police est pointée du doigt par la population.

Les témoins rencontrés à Mutakura crient au scandale : «C’est une nouvelle bavure policière. Le quartier était quadrillé depuis ce matin. Ça a tiré toute la nuit et personne n’osait sortir de la maison. Ces personnes dont la plupart sont des taxi-motos, étaient terrées dans leurs chambres quand un groupe de policiers les a sommées de sortir».

Selon des sources sur place, avant l’exécution de ces jeunes gens, ces policiers les ont rassemblés dans la rue. Ce groupe de policier est reparti à bord d’un pickup. La plupart de ces jeunes ont reçu une balle dans la tête ou en pleine poitrine. Ils gisaient littéralement dans une mare de sang. Les habitants de Mutakura sont sous le choc.

Un groupe de militaires en patrouille sur cette avenue a confié à la population rencontrée qu’ils n’ont rien à voir avec cette tuerie: «Il ne faut pas que nous soyons mêlés à cette affaire».

La police donne une autre version

Selon Pierre Nkurikiye, porte-parole de la police, ces jeunes gens étaient tous des malfaiteurs : «Deux parmi eux sont sortis de la prison centrale de Mpimba ce mardi dans l’après-midi, ils avaient pris part aux manifestations contre le troisième mandat».

  1. Aucune enquête officielle n’a été menée sur le carnage du 09 décembre 2015, la police s’est contentée d’exhiber des grenades qui auraient été trouvées dans la résidence des cinq jeunes hommes sans jamais expliquer pourquoi il fallait tuer des personnes désarmées. La justice burundaise n’a jamais poursuivi les auteurs du carnage.

D. Enlèvement et disparition forcée de Monsieur Augustin HATUNGIMANA.

  1. La disparition forcée de M. Augustin HATUNGIMANA s’inscrit dans la suite des actions de répression engagée par la police burundaise et les services secrets le 09 décembre 2015 à la 15ème avenue de la Zone urbaine Cibitoke.
  2. Aux environs de 16 heures, l’officier du renseignement Joseph Mathias NIYONZIMA alias KAZUNGU, en compagnie d’un commissaire de la police nationale dont le nom n’a pas été connu, est arrivé au chef-lieu de la zone Cibitoke. Selon des témoins qui étaient présents sur place, il était venu demander un renfort de policiers parce que, disait-il, il avait un travail à faire sur le lieu du carnage de la matinée. Dans son pick-up, il y avait un certain KADOGO, connu à Cibitoke comme informateur du SNR; son rôle était d’identifier physiquement les jeunes se trouvant sur la liste noire du SNR. A ce moment-là, Augustin HATUNGIMANA a reçu un appel téléphonique l’invitant à un rendez-vous justement sur le lieu du carnage de la matinée. Ses proches n’ont pas pu identifier clairement la personne qui l’a appelé mais ils restent convaincus qu’il s’agissait d’un ami devenu agent du Service National de Renseignement. Arrivé au No 101 de la 15ème avenue, Augustin HATUNGIMANA a croisé la camionnette pick-up de KAZUNGU avec des policiers et des agents du SNR lourdement armés. « KADOGO qui était avec eux a pointé du doigt Augustin HATUNGIMANA en disant: C’est celui-là», raconte un proche de la victime. « Les policiers ont débarqué de la camionnette, ont attrapé Augustin HATUNGIMANA, l’ont menotté et l’ont jeté dans la camionnette à plat-ventre. Ils ont ensuite tiré plusieurs rafales afin qu’il n’y ait aucune résistance de la population » poursuit la même source. Terrorisés, les habitants du quartier n’ont pas pu suivre l’itinéraire de la camionnette. Il était exactement 17 heures, précise un membre de la famille qui vit pour le moment en exil. Avant de quitter les lieux de l’enlèvement, KAZUNGU aurait lâché: « Je serais très choqué s’il [Tarpon] ne meurt pas cette nuit ».

E. Les efforts menés par la famille en vue de retrouver Augustin HATUNGIMANA dit Tarpon Complaisant.

  1. Comme cet enlèvement est intervenu en début de soirée et compte tenu du climat de terreur qui régnait particulièrement dans les quartiers dits « contestataires », la famille de la victime a attendu le lendemain pour tenter de retrouver Augustin HATUNGIMANA. Elle a d’abord sollicité le concours de la Croix Rouge (CICR), une des rares organisations alors autorisées à visiter les lieux de détentions officiels, y compris les cachots du SNR. Malheureusement, le SNR dispose de plusieurs cachots secrets et c’est généralement dans ces lieux que se déroulent les séances de torture les plus atroces, les exécutions extra-judiciaires et d’autres traitements cruels, inhumains et dégradants. Le CICR n’a jamais pu retrouver Augustin HATUNGIMANA.
  1. Le même jour, c’est-à-dire le 10 décembre 2015, un membre de la famille a reçu un appel téléphonique d’une personne inconnue se présentant comme un des geôliers de M. Augustin HATUNGIMANA. Son message était de rassurer la famille que Tarpon était encore vivant et qu’il pouvait être libéré moyennant le versement d’une rançon de Six Cent Mille francs Burundais (600.000 FBU). Epuisant ses maigres économies et faisant appel à la solidarité des amis, la famille a pu collecter rapidement et remettre la rançon à deux intermédiaires[3] des prétendus geôliers. Malgré le versement de la rançon, la victime est restée introuvable.

F. Intimidations subies par la famille après la disparition forcée de M. Augustin HATUNGIMANA.

  1. Depuis la disparition forcée de M. Augustin HATUNGIMANA, sa famille vit dans une peur indescriptible. Dès le lendemain, son grand frère a échappé de justesse à une tentative d’arrestation et, après six mois de clandestinité, il a dû prendre le chemin de l’exil.
  1. En date du 13 décembre 2015, un groupe impressionnant d’éléments de la Brigade Anti-Emeutes, à bord de trois camionnettes et commandés par le Commissaire Désiré UWAMAHORO en personne, a fait irruption à la résidence de la famille de M. Augustin Hatungimana. Seuls des enfants et la maman de la victime, âgée de 69 ans, se trouvaient alors à la maison comme le rapportent des témoins. Après avoir intimé à tous l’ordre de se coucher par terre, les policiers de la BAE ont frappé les enfants et saccagé les maisons de cette résidence. Selon des témoins, des objets de valeur ont été volés et embarqués dans les camionnettes tandis que le reste a été brûlé. La maman de 69 ans a été menacée d’être brûlée vive avec les objets de sa maison si elle ne révélait pas où se trouvaient ses fils tandis qu’elle était elle-même accusée de nourrir des rebelles. Sa vie n’a été sauvée que par l’arrivée des militaires basés sur une position sise à la 3ème avenue de Mutakura. Le grand-frère de Tarpon conclut : « si j’avais été à la maison ce jour-là, j’aurais été tué ».

G. Prise de position et recommandations.

  1. Le FOCODE condamne le principe d’une totale impunité garantie aux éléments des services de sécurité burundais sous le prétexte d’une lutte contre l’insurrection et demande l’arrestation ainsi que la traduction en justice de l’officier du SNR Joseph Mathias NIYONZIMA alias KAZUNGU, du Commissaire Désiré UWAMAHORO et de leurs complices pour leurs rôles dans le carnage du 09 décembre 2015 à Mutakura, dans la disparition forcée de Monsieur Augustin HATUNGIMANA et dans la terreur sur sa famille;
  1. Le FOCODE réitère sa condamnation de la pratique des cachots secrets et du silence complice des autorités burundaises face aux demandes insistantes des familles sur le sort des leurs enlevés ou arbitrairement arrêtés par des éléments de la police nationale, du SNR, de l’armée et des miliciens Imbonerakure;
  1. Le FOCODE réaffirme son plein soutien à la Commission Internationale d’Enquête sur le Burundi mise en place par le Conseil des Droits de l’Homme le 30 septembre 2016 et demande qu’elle soit dotée de tous les moyens (humains, matériels, financiers et sécuritaires) nécessaires à l’accomplissement de sa mission ;
  1. Le FOCODE demande à la Cour Pénale Internationale l’ouverture sans délais de l’enquête sur les crimes sous sa compétence en cours au Burundi et de l’engagement des poursuites contre les leurs auteurs.
  1. Le FOCODE demande au Conseil de Sécurité des Nations-Unies d’engager sa responsabilité à protéger (R2P) le peuple burundais en danger et de créer rapidement les conditions de mise en œuvre effective de sa résolution 2303.

Pour le FOCODE

Sé Pacifique NININAHAZWE

Président

Visitez #NDONDEZA sur : www.ndondeza.org

Faites un don à #NDONDEZA via : http://ndondeza.org/index.php/don/

[1] Numéro de la parcelle attribué selon le nouvel adressage

[2] http://www.iwacu-burundi.org/mutakura-un-carnage-a-la-15eme-avenue/

[3] Le FOCODE dispose d’un certain nombre de noms de personnes qui auraient pris part à ce rançonnage, dont un officier de la police nationale.

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