Déclaration du FOCODE sur la disparition forcée de Monsieur Savin NAHINDAVYI

DECLARATION DU FOCODE n°005/2017  du 16 Mars 2017

« Les autorités burundaises doivent faire la lumière sur la disparition forcée de l’Officier du Renseignement  Savin NAHINDAVYI et mettre fin au processus d’épuration ethnique au sein du Service National du Renseignement (SNR) ».

Dans le cadre de sa « Campagne NDONDEZA contre les disparitions forcées au Burundi », le FOCODE a recueilli des informations et des témoignages sur la disparition forcée de Monsieur Savin NAHINDAVYI, un cadre du Service National de Renseignement (« officier de renseignement ») âgé de 44 ans, introuvable depuis le 1er mai 2016, alors qu’il s’était rendu à son lieu de travail au siège du SNR.

Par la même occasion, le FOCODE a pris connaissance des mésaventures de trois autres officiers du renseignement burundais à la même période dont un qui a été mystérieusement attaqué chez lui, un deuxième qui a dû fuir le pays à cause des menaces de mort et un troisième qui « serait mort de poison ». Toutes ces situations troublantes ont visé des officiers Tutsi et n’ont suscité aucune réaction officielle des patrons du SNR. Il y a lieu de s’interroger si cet enchaînement de faits ne participent pas d’un plan délibéré d’épuration ethnique des services de renseignement du Burundi.

Ce dossier de la Campagne NDONDEZA s’inscrit dans une série de cas de disparitions forcées dans les corps de défense et de sécurité. Pour la première fois, la campagne évoque la disparition forcée d’un cadre du Service National de Renseignement (SNR), communément appelée « Documentation Nationale ». Alors que, dans la quasi-totalité des cas précédents, les victimes avaient été arrêtées par des éléments de la police et/ou du Service National de Renseignement (SNR), cette fois-ci la victime a disparu à son service au sein même du SNR. Loin d’engager une véritable enquête sur cette disparition forcée, les services dont dépendait Savin NAHINDAVYI n’ont fait que dissuader son épouse d’élever la voix. L’épouse a enfin été menacée de mort quand elle a tenté d’obtenir des documents de voyage pour les enfants.

A. Identité de la victime

  1. Fils de Bernard SIMBIZI et de Denise SIMBAGOYE, Savin NAHINDAVYI est né en 1972 à Gasakuza, commune RUTANA de la province Rutana, au Sud du Burundi. Marié et père de quatre enfants en bas âges (8 ans, 7 ans, 5 ans et 2 ans), Savin NAHINDAVYI résidait depuis trois semaines à Gasekebuye dans la zone urbaine de Musaga au moment de sa disparition forcée. Sentant sa sécurité menacée, il venait de déménager d’une résidence sise à Musaga 8ème avenue n°28. Cadre des services secrets du Burundi (Officier du Renseignement), il était officier de garde au siège du SNR à ROHERO le jour de sa disparition forcée le 1er mai 2016.
  1. A la différence de nombre de ses collègues, Savin NAHINDAVYI n’a jamais appartenu à l’armée ou à la police du Burundi avant son recrutement au SNR. Il a passé un concours d’entrée au SNR après ses études à l’Ecole Normale Supérieure. Toutefois, son passé et son origine ethnique l’apparentaient plutôt aux officiers ex-FAB[1].

B. Contexte de la disparition forcée de Monsieur Savin NAHINDAVYI

  1. La disparition forcée de Monsieur Savin NAHINDAVYI semble avoir un lien direct avec la répression violente de la contestation populaire du troisième mandat de Monsieur Pierre NKURUNZIZA depuis le 26 avril 2015. Il importe de rappeler que les manifestations pacifiques contre le troisième mandat du Président Pierre NKURUNZIZA ont été réprimées violemment et qu’elles se sont estompées vers la fin de juin 2015. La zone de Musaga de la nouvelle commune urbaine de Muha où vivaient Monsieur Savin NAHINDAVYI et sa famille (8ème avenue numéro 28), se trouve parmi les lieux les plus visés par la répression. Les habitants de cette zone subissent depuis le début de la contestation une brutalité inouïe des forces de sécurité, comprenant des bouclages de rues, des arrestations arbitraires et massives, des cas d’enlèvements, de torture et/ou de disparitions forcées ainsi que l’utilisation du viol des femmes comme une arme politique de répression[2]. Cette répression a pris une allure extrêmement préoccupante après l’attaque de certains camps militaires, dont certains situés à Musaga, la nuit du 10 au 11 décembre 2015.
  1. En mission de travail en Somalie[3] de mai 2014 à juin 2015, Monsieur Savin NAHINDAVYI n’avait pas assisté au début des manifestations populaires contre le troisième mandat du Président Pierre NKURUNZIZA. Comme ses collègues, avant de partir le 17 mai 2014, il avait déposé ses armes (un pistolet et un fusil Kalachnikov) au magasin d’armement du SNR. A son retour le 17 juin 2015, il s’est rendu au même magasin pour récupérer « ses outils de travail ». La réponse du magasinier d’armement l’a surpris : « OYA MUTAMA IBINTU VYARAHINDITSE NGO NIWABA UYIKENEYE URAGENDA UYISABE GÉNÉRAL» ; ce qui signifie littéralement : « les choses ont bien changé chef, si tu en a besoin [armes], demande-le au Général». Le « Général » auquel il faisait allusion c’est Etienne NTAKARUTIMANA, Administrateur Général du SNR. Depuis lors, « Savin a compris qu’il existait un ordre de ne plus donner des armes aux officiers Tutsi de ce service » rapporte un membre de sa famille à qui il l’aurait confié.
  1. Selon le témoignage recueilli par le FOCODE, en février 2016, Savin NAHINDAVYI a été convoqué au bureau de son chef hiérarchique, OPC1 Emmanuel NDAYIZIGA, Directeur du Département de Renseignement Intérieur (communément appelé DDI). Dans une sorte d’interrogatoire, Savin NAHINDAVYI a été auditionné sur ses liens avec les auteurs des crépitements d’armes dans son quartier et s’est retrouvé accusé implicitement de complicité avec les insurgés. En effet, son chef ne comprenait pas comment un officier du renseignement bien connu continuait à résider sans inquiétudes dans un quartier « contestataire » comme Musaga et conservait son véhicule dans une parcelle où des armes auraient été découvertes. C’est alors qu’il lui aurait été proposé d’infiltrer le réseau des insurgés de Musaga, offre à laquelle il aurait opposé un refus catégorique. Bien plus, Savin NAHINDAVYI aurait refusé la proposition d’être subordonné au responsable du SNR à Musaga alors qu’il était employé comme Officier de la Police Judiciaire (OPJ) au siège du SNR. Il serait sorti de cette audience avec des menaces à peine voilées sur les conséquences de son refus d’espionner les jeunes résistants de Musaga.
  1. Dimanche 1er mai 2016, Monsieur Savin NAHINDAVYI a quitté son domicile à 8 heures du matin et s’est rendu à son lieu de travail au siège du SNR à Rohero. Ce jour-là, il assurait la charge d’officier de garde au quartier général des services secrets burundais. Alors qu’elle a habituellement lieu le 1er mai de chaque année, la fête du travail a été célébrée le lundi 02 mai 2016 pour ne pas déranger le dimanche des chrétiens. Ainsi, deux jours fériés d’affilées offraient une opportunité idéale aux auteurs de la disparition forcée de Savin NAHINDAVYI. A 17 heures 37 minutes, il a passé son tout dernier appel téléphonique à son épouse. « Il m’a dit qu’il avait beaucoup de travail et qu’il n’allait pas passer à la maison pour récupérer son Kit de nuit. Mais il a promis qu’il rentrerait le lendemain matin », a confié son épouse au FOCODE. Ce fut le dernier signe de vie de Savin NAHINDAVYI.
  1. Le lendemain, vers 7 heures du matin, l’épouse de Savin NAHINDAVYI a tenté de le joindre au téléphone mais n’y est pas parvenu. Elle a tenté encore une fois vers 14 heures mais en vain. Le soir, elle s’est enfin décidée de passer par des collègues de son mari et a appelé à 20 heures un certain Aimé NDAYIZAMBA, également officier de renseignement, qui a clairement reconnu qu’il avait passé la veille la remise et reprise avec Savin NAHINDAVYI et lui a demandé de ne pas s’inquiéter. Plus tard dans la nuit, l’épouse a pu joindre un autre collègue de Savin, l’OPC1 Alexis NDAYIKENGURUKIYE plus connu sous le sobriquet de « NKOROKA[4]», chef du service de renseignement intérieur. Celui-ci a répondu qu’il ne savait rien de la situation de Savin NAHINDAVYI puisqu’il avait passé toute la journée en province (« à l’intérieur du pays » comme on dit). C’est dans ce climat de peur et d’incertitude que la  famille NAHINDAVYI a passé toute la nuit du 02 au 03 mai 2016.

C. Démarches entreprises pour retrouver Savin NAHINDAVYI

  1. Tôt le matin du 03 mai 2016, l’épouse de Savin NAHINDAVYI s’est rendue au poste d’attache de son mari, c’est-à-dire au siège du SNR à Rohero, pour s’enquérir de la vérité des faits. A sa grande surprise, aucune autorité ne voulait la recevoir : toutes se la renvoyaient à tour de rôle. Après un tour de plusieurs bureaux, elle a finalement été reçue par Blaise Patrick NGOMIRAKIZA, le chef hiérarchique direct de Savin NAHINDAVYI. Dans un premier temps, selon le témoignage de l’épouse de Savin NAHINDAVYI, M. NGOMIRAKIZA semblait douter que Savin se soit rendu au SNR le 1er mai 2016 puisque le registre des présences avait mystérieusement disparu. A ce moment, l’épouse de M. NAHINDAVYI a exigé la présence de Monsieur Aimé NDAYIZAMBA qui avait passé la remise et reprise avec son mari comme officier de garde. A court d’arguments, selon le même témoignage, M. NGOMIRAKIZA a changé de ton, renvoyé Madame NAHINDAVYE en promettant le début des investigations non sans ajouter une sorte de menace : « genda tuzogira amatohoza ; uhirahire uje kuvugira kuri ya maradiyo », ce qui signifie « Va- t’en, nous allons mener des enquêtes,  gare à toi si tu te confies à ces fameuses radios ». Par « ces fameux média », il faisait allusion aux radios indépendantes en ligne HUMURA et INZAMBA. La femme est rentrée bredouille, sans aucune information sur la situation de son mari.
  2. Une semaine plus tard, l’épouse de Savin NAHINDAVYI a été convoquée au bureau du Directeur du Renseignement Intérieur, Monsieur Emmanuel NDAYIZIGA, qui selon ses dires, voulait l’informer de l’évolution du dossier. Mais, selon le témoignage qu’elle a accordé au FOCODE, loin de recevoir des informations elle a été soumise à un interrogatoire avec menaces. Monsieur Emmanuel NDAYIZIGA, accompagné de Blaise Patrick NGOMIRAKIZA, l’a interrogé sur la solidité de son couple conjugal allant jusqu’à demander s’il n’y avait pas un conflit qui pousserait le mari à passer des nuits chez ses sœurs. Après la réponse négative de la femme, M. Emmanuel NDAYIZIGA a informé que selon les relevés téléphoniques, le dernier appel de Savin NAHINDAVYI a été localisé aux environs de l’aéroport international de Bujumbura le 02 mai 2016 à 11 heures. Bien évidemment, l’épouse de Savin NAHINDAVYI a cherché à savoir qui avait appelé la dernière fois son mari. D’un ton menaçant, toujours selon le même témoignage, le Directeur du Renseignement Intérieur lui a rétorqué que la question n’entrait pas dans les compétences de l’épouse. Encore une fois, l’épouse de Savin NAHINDAVYI est rentrée sans aucune information sur la situation de son mari.
  3. En juin 2016, une source proche du SNR, a informé la famille que M. Savin NAHINDAVYI avait été détenu et gravement torturé dans les cachots secrets des bureaux du SNR sis au Quartier 10 de la Zone Urbaine de Ngagara au Nord de la Ville. La même source indiquait qu’il aurait été exécuté le 31 mai 2016 et que son corps aurait été jeté dans la zone urbaine de Bwiza où un chef de quartier aurait reçu l’ordre de Monsieur Alexis NDAYIKENGURUNGIKIYE alias « NKOROKA » de l’inhumer immédiatement sans aucune procédure d’identification de la victime.
  4. Selon les informations parvenues à la famille, le plan d’arrestation et d’exécution de Monsieur Savin NAHINDAVYI aurait été orchestré par :
  • Emmanuel NDAYIZIGA, Directeur du Département du Renseignement Intérieur ;
  • Alexis NDAYIKENGURUKIYE alias « NKOROKA », Chef du Service de Sécurité Intérieure ;
  • Blaise Patrick NGOMIRAKIZA, Chef du Service Socio-Professionnel en même temps autorité hiérarchique directe de M. Savin NAHINDAVYI.

D. Des Menaces contre la famille

  1. La disparition forcée de Monsieur Savin NAHINDAVYI a été suivie d’une série de menaces sur sa famille et sur certains de ses collègues. Selon le témoignage reçu, son épouse a continué à recevoir des menaces téléphoniques tandis que des collègues de M. NAHINDAVYI ont reçu l’ordre de ne pas collaborer avec la famille dans la recherche du père de famille disparu. De même, les employés du SNR auraient reçu l’ordre de ne pas discuter entre eux de la disparition de Savin NAHINDAVYI. Quelques collègues de Savin ont pu rendre visite à la famille pour la réconforter, mais en toute discrétion pour ne pas subir des représailles de leurs chefs.
  2. La nuit du 14 au 15 mai 2016, autour de 2 heures du matin, des personnes inconnues se sont rendues au domicile de M. Savin NAHINDAVYI et ont demandé aux sentinelles si l’épouse était présente. Fort heureusement, craignant une attaque éventuelle des éléments du SNR, l’épouse et les enfants de Savin NAHINDAVYI ne passaient plus les nuits à cette résidence. Dès le lendemain, l’épouse s’est rendue à la Police de l’Air, des Frontières et des Etrangers (PAFE) à la recherche des titres de voyage (passeports). Dès son arrivée, un proche de la famille lui a signalé que des agents du SNR étaient à sa poursuite et qu’elle avait intérêt à quitter immédiatement les lieux. La famille de M. Savin NAHINDAVYI a dû fuir le Burundi en catastrophe, sans titres de voyage.
  3. Dans le témoignage accordé au FOCODE, l’épouse de M. Savin NAHINDAVYI a formulé les demandes suivantes :
  • Que toute la lumière soit faite sur les circonstances de la disparition forcée de son mari, M. Savin NAHINDAVYI, sur son lieu de travail au siège du SNR le 1er mai 2016 ;
  • Que le corps de M. Savin NAHINDAVYI soit remis à la famille pour un enterrement digne ;
  • Que les responsables de la disparition forcée de Savin NAHINDAVYI soient traduits en justice et châtiés conformément à la loi ;
  • Que la clé de contact du véhicule familial que M. Savin NAHINDAVYI conduisait soit remise à la famille ;
  • Que l’ordinateur portable personnel que M. Savin NAHINDAVYI avait au bureau soit remis à la famille ;
  • Que la famille de la victime soit appuyée et relocalisée dans un autre pays puisqu’elle continue à craindre pour sa sécurité.
  1. Les 05, 06 et 07 juillet 2016, la Radio Publique Africaine a diffusé un témoignage très riche de l’épouse de M. Savin NAHINDAVYI sur la disparition forcée de son mari[5]. Un témoignage qui souligne fortement l’implication de l’OPC1[6] Alexis NDAYIKENGURUKIYE alias « NKOROKA » dans l’exécution de M. Savin NAHINDAVYI.

E. Un bourreau nommé OPC1 Alexis NDAYIKENGURUKIYE alias « NKOROKA ».

  1. Le nom de l’OPC1 Alexis NDAYIKENGURUKIYE alias « NKOROKA » est cité souvent dans les crimes les plus graves de répression de la contestation du troisième mandat du Président Pierre NKURUNZIZA. Plusieurs agents du SNR et des victimes ont confié au FOCODE que, en tant que Chef du service de sécurité intérieure, M. NDAYIKENGURUKIYE contrôle la quasi-totalité des cachots secrets du système de la répression, que ces cachots soient placés dans les bureaux du SNR, dans les permanences du CNDD-FDD, dans certains bars appartenant aux hautes autorités civiles et militaires, dans les résidences des chefs provinciaux du SNR, etc. Le nom de M. NDAYIKENGURUKIYE a été cité dans la disparition forcée du journaliste Jean BIGIRIMANA et dans plusieurs autres dossiers de disparitions forcées, de torture ou d’exécutions extra-judiciaires. Pourtant, M. NDAYIKENGURUKIYE n’a jamais été poursuivi par la justice burundaise.
  2. Le rapport de l’ONG burundaise APRODH[7]corrobore ces témoignages :

« OPC2 NDAYIKENGURUKIYE Alexis alias NKOROKA (officier de police chef de 2ème classe) : originaire de la province Ngozi, cet ex-combattant FDD est à la tête d’un groupe de tueurs du SNR. C’est un officier de la Police nationale en position de détachement dans ce service. Il occupe les fonctions de chef de service sécurité intérieure. C’est un garçon à tuer du général NTAKARUTIMANA Etienne, à la gâchette très facile. Il est gestionnaire quotidien des cachots du SNR. C’est lui qui supervise et participe en même temps à toutes les barbaries infligées aux locataires de ces cachots. Il est toujours impliqué à toutes les violations commises par le SNR. Toutes les exécutions extrajudiciaires perpétrées contre les manifestants sortis des cachots du SNR ont été conduites par NKOROKA. Il a dirigé l’équipe des agents du SNR et des Imbonerakure qui ont participé à la destruction des radios privées accusées d’être de mèche avec les putschistes en date du 14 mai 2015. Il aurait été parmi les coordinateurs de l’exécution de la famille du journaliste NKEZABAHIZI Christophe de la RTNB à Ngagara en date du 13 octobre 2015. Il a enlevé du service, exécuté et enterré dans un endroit inconnu l’Officier de Renseignement du SNR NAHINDAVYI Savin entre début et fin mai 2016. »

F. Un processus d’épuration ethnique en cours au sein du SNR

  1. Selon des informations recueillies par le FOCODE, la disparition forcée de M. Savin NAHINDAVYI n’est pas un cas isolé. Dans les jours qui ont précédé ou qui ont suivi cette disparition forcée, d’autres officiers Tutsi du SNR ont été menacés, attaqués ou sont tout simplement morts de façon mystérieuse.
  2. Le 24 avril 2016, soit une semaine avant la disparition forcée de M. Savin NAHINDAVYI, des personnes inconnues ont attaqué le domicile de l’OPC2 Donatien NDABIGEZE, un officier du SNR en position de détachement, employé au Département Presse et Technologies de Communication. Blessé à la jambe, M. Donatien NDABIGEZE a échappé de justesse à l’attaque, mais son épouse (Jacqueline GAHIMBARE) et un visiteur (Gérard NIYONKURU) y ont laissé la vie. Une source proche du SNR a indiqué au FOCODE que des collègues de M. NDABIGEZE avaient participé à l’attaque et qu’un autre plan d’assassinat à l’hôpital était en cours peu avant son évacuation à l’extérieur du Burundi. Tutsi, lauréat de l’Ecole Nationale de Police, Donatien NDABIGEZE est assimilé aux ex-FAB de l’ancienne armée burundaise.

« OPC II Donatien NDABIGEZE a été attaqué ce dimanche aux environs de 19h30. Beaucoup de coups de feu tirés au domicile de ce haut gradé de la Police ont couté la vie à sa femme et son beau-frère en visite, selon toujours Pierre Nkurikiye. Le porte-parole de la police Burundaise ajoute que l’OPC II Donatien Ndabigeze a été blessé à la jambe et a été admis dans un hôpital de la capitale Bujumbura. Pierre Nkurikiye a indiqué à Isanganiro que 70 douilles de balles ont été retrouvées ce lundi matin au domicile de l’OPC II Donatien Ndabigeze et que les enquêtes ont déjà commencé pour tenter de mettre la main sur les auteurs de cette attaque. »[8]

  1. Selon l’enquête menée par le FOCODE, une autre femme, officier Tutsi du SNR, a fui le Burundi fin avril 2016 après avoir pris connaissance d’un plan visant son élimination physique.
  2. Le 09 mai 2016, Callixte NTWARAMIHETO a succombé après une opération chirurgicale dont les résultats auraient étonné les médecins. Selon ses proches, cet autre officier du SNR serait mort de poison. Des proches ont également indiqué qu’ils étaient surveillés pendant le deuil et qu’à certains moments des éléments de la police ont dispersé les participants au deuil, chose anormale dans la culture burundaise. Selon un rapport de l’ONG burundaise APRODH publié en août 2016, Callixte NTWARAMIHETO était le dernier officier Tutsi à avoir exercé les fonctions de chef provincial du SNR avant son limogeage en mai 2015.


« La stratégie d’ethnicisation de la crise due au 3ème mandat a été testée au SNR peu avant le début des manifestations. En effet, sur 18 provinces de renseignement que compte le SNR, 17 étaient dirigées par des hutu. Les manifestations ont débuté au moment où il y avait un seul tutsi comme chef de renseignement provincial à MWARO, en la personne de feu NTWARAMIHETO Calixte. Il sera vite limogé par le commissaire Bertin GAHUNGU qui l’accusait de soutenir les manifestants et de contribuer à envoyer des jeunes tutsi au Rwanda pour la rébellion. »

  1. Le même rapport de l’APRODH[9] a révélé le processus d’ethnicisation des services secrets burundais et conclu qu’en août 2016, les Tutsi étaient représentés à 20% dans la direction des départements du SNR et de 0% dans la direction des bureaux provinciaux, ce qui est une violation flagrante de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la réconciliation au Burundi et de la Constitution de la République du Burundi.

« Malgré ces dérives ethnicistes des autorités du SNR, l’Accord d’Arusha, la Constitution et surtout l’Accord Technique des Forces que le CNDD-FDD brandit chaque fois, garantissent les équilibres ethniques dans les trois corps de défense et de sécurité (la FDN, la PNB et le SNR). On s’en passe des déséquilibres observés dans les autres postes de commandement du SNR (exemple : sur cinq directions que compte le SNR, un seul directeur est de l’ethnie tutsi, soit une représentation de 20% et la probité de ces tutsi choisis pour la cause est une autre question). »

  1. APRODH a enfin constaté que le département le plus actif dans la répression, c’est-à-dire le Département du Renseignement Intérieur (communément appelé DDI) est complètement mono-ethnique. Ce département contrôle notamment tous les bureaux provinciaux du SNR, le Service Socio-Professionnel dont dépendait M. Savin NAHINDAVYI ainsi que le terrible Service de la Sécurité Intérieure dirigé par l’OPC1 Alexis NDAYIKENGURUKIYE alias NKOROKA.

« Pour le Département du Renseignement Intérieur
1. Chef du Service Sécurité Intérieur: NDAYIKENGURUKIYE Alexis alias NKOROKA(Hutu)
2. Chef du Service Socio-Professionnel: NGOMIRAKIZA Blaise (Hutu)
3. Dix-huit chefs de renseignement provinciaux (Tous des Hutu).                                              Les chefs de secteur s, c’est-à-dire les responsables du SNR dans les communes, sont dans les mêmes propositions pour ce qui est de la représentation ethnique mais nous n’avons pas tous les noms pour le moment.
N.B. : C’est le département de renseignement intérieur qui est responsable des arrestations, des enlèvements, des tortures, des exécutions extrajudiciaires, bref de tous les maux. »

  1. Ainsi donc le Service qui a commis des crimes innommables sur de nombreux jeunes Tutsi, mais aussi sur des Hutus taxés d’opposants au régime NKURUNZIZA, est totalement Hutu. Ceci est une violation grave de l’esprit même de l’Accord d’Arusha du 28 août 2000 et de la Constitution de la République du Burundi.

G. Prise de position du FOCODE

  1. Le FOCODE demande l’arrestation et la traduction en justice :
  • du Général-major Etienne NTAKARUTIMANA, Administrateur Général du Service National de Renseignement, pour n’avoir rien entrepris en vue de retrouver l’Officier du SNR Savin NAHINDAVYI après sa disparition forcée le 1er Mai 2016 au siège du SNR,
  • de M Emmanuel NDAYIZIGA, Alexis NDAYIKENGURUKIYE alias « NKOROKA » et Blaise Patrick NGOMIRAKIZA pour leur rôle présumé dans la disparition forcée de M. Savin NAHINDAVYI ;
  1. Le FOCODE condamne le silence complice de la Présidence de la République du Burundi dont dépend le SNR après la disparition forcée de l’Officier Savin NAHINDAVYI et, de manière générale, l’ensemble des autorités burundaises pour leur inaction dans les cas de disparitions forcées ;
  1. Le FOCODE condamne le processus d’ethnicisation du Service National de Renseignement en violation de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi et de la Constitution de la République du Burundi ;
  1. Le FOCODE salut le rapport préliminaire présenté par la Commission Internationale d’Enquête à la 34ème session du Conseil des Droits de l’Homme et demande que tous les moyens soient mis en œuvre pour contraindre les autorités burundaises à coopérer avec la Commission ;
  1. Le FOCODE demande à la Cour Pénale Internationale l’ouverture sans délais de l’enquête sur les crimes sous sa compétence en cours au Burundi et de l’engagement des poursuites contre les leurs auteurs, dont les autorités des services secrets burundais ;
  1. Le FOCODE regrette les divisions affichées par le Conseil de Sécurité des Nations-Unies qui lui empêchent de mesurer la gravité de la situation au Burundi et d’engager sa responsabilité à protéger (R2P) le peuple burundais en danger ;
  1. Le FOCODE appelle le prochain sommet des Chefs d’Etats de l’East African Community à faire preuve de fermeté afin d’engager toutes les parties au conflit dans un processus sérieux et inclusif de résolution de la crise burundaise.

Pour le FOCODE

Sé Pacifique NININAHAZWE

Président.-

Visitez #NDONDEZA sur : www.ndondeza.org

Faites un don à #NDONDEZA via : http://ndondeza.org/index.php/don/

[1] Ex-FAB (Forces Armées Burundaises) désigne les éléments de l’ancienne armée burundaise à majorité tutsi tandis que les éléments venus des différents mouvements rebelles à majorité hutu sont désignés comme ex-PMPA (Partis et Mouvements Politiques Armés).

[2] https://twitter.com/SOSMediasBDI/status/754929199236968448 , https://twitter.com/SOSMediasBDI/status/754211685259472897http://www.rfi.fr/afrique/20160117-burundi-le-viol-une-arme-service-repression et https://www.hrw.org/fr/news/2016/07/27/burundi-des-viols-collectifs-commis-par-des-jeunes-du-parti-au-pouvoir

[3] Les troupes burundaises participent en effet aux forces de l’ « African Union Mission to Somalia », AMISOM

[4] « NKOROKA » est cité dans plusieurs dossiers de disparitions forcées et dans la supervision des cachots secrets du SNR.

[5] https://www.ipadio.com/broadcasts/Radio-BUJUMBURA-Inter/2016/7/5/%C3%89mission-HUMURA-Burundi-du-5-juillet-2016 , https://www.ipadio.com/broadcasts/Radio-BUJUMBURA-Inter/2016/7/6/%C3%89mission-HUMURA-Burundi-du-6-juillet-2016 et https://www.ipadio.com/broadcasts/Radio-BUJUMBURA-Inter/2016/7/7/%C3%89mission-HUMURA-Burundi-du-7-juillet-2016

[6] Le grade d’OPC1 dans la police burundaise est l’équivalent de celui de Colonel dans l’armée.

[7] https://www.focode.org/574/

[8] http://www.isanganiro.org/spip.php?article11060

[9] ENQUETE DE L’APRODH SUR LA COMPOSITION, LES ABUS, LES RESPONSABILITES, IMPUNITE AU SERVICE NATIONAL DE RENSEIGNEMENT DU BURUNDI/ORGANE CITE DANS LES VIOLATIONS DES DROITS HUMAINS https://www.focode.org/574/

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