Déclaration du FOCODE suite aux propos du Procureur Général de la République, M. Sylvestre Nyandwi.

Burundi : Le déni des disparitions forcées devient la règle !

Le Procureur Général de la République, M. Sylvestre NYANDWI, a tenu un point de presse mercredi le 28 juillet 2021. Le point de presse a porté sur « les actes de violences observées dans le pays depuis un certain temps ainsi que les allégations de personnes disparues ». Dans la partie relative aux allégations de personnes disparues, M. Sylvestre NYANDWI a déclaré ce qui suit :

« Il y a un autre phénomène criminel dont il est fait état sur les réseaux sociaux ces derniers jours, à savoir celui des personnes kidnappées par des criminels qui se déguisent en forces de sécurité. Cependant, certaines de ces allégations de personnes disparues sont mensongères. Le cas illustratif est celui d’une personne répondant au nom de TOYI Pascal dont on avait annoncé l’enlèvement mais que l’on a retrouvé dans un cachot de Makamba où il est en garde à vue pour des actes criminels qu’il aurait commis. De même, des personnes partent pour se faire enrôler dans des groupes armés sans en informer leurs familles et celles-ci croient à tort qu’elles ont été enlevées. »

Faisant suite à ces propos du Procureur Général de la République, le FOCODE tient à déclarer ce qui suit :

  1. Les propos du Procureur Général de la République s’inscrivent dans le prolongement de ceux tenus deux semaines plus tôt par le Président Evariste NDAYISHIMIYE, le 14 juillet 2021 sur les médias RFI et France 24, qui nient l’existence des disparitions forcées au Burundi et qualifient les victimes de « criminels » ayant fui au Rwanda. Les propos de M. NYANDWI restent dans la ligne du « DENI »  renforcée par des positions récentes d’autres autorités et institutions du pays, telles le Président de l’Assemblée Nationale et celui la Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme[1].
  2. Le FOCODE rappelle que depuis 2016 il a documenté, à travers la Campagne NDONDEZA contre les disparitions forcées au Burundi, plus de deux cents cas de disparitions forcées dont une trentaine sous le régime du Président NDAYISHIMIYE et que plusieurs rapports ont été envoyés aux autorités burundaises sans qu’ils soient suivis d’une moindre suite.
  3. Le FOCODE s’étonne que le Procureur Général de la République affirme que des personnes sont kidnappées par « des criminels qui se déguisent en forces de sécurité », sans aucune enquête qui étaye cette affirmation alors que dans plusieurs cas les noms des auteurs des disparitions forcées ont été fournis aux autorités burundaises.  A titre illustratif, cinq militants du parti CNL originaires de la commune Kiganda sont introuvables depuis leur arrestation à Mwaro le 08 octobre 2020 par le responsable du Service national de renseignement en province Mwaro, M. Gérard NDAYISENGA[2]. S’agissait-il d’un « criminel déguisé en force de sécurité » ? Pourquoi n’était-il pas poursuivi depuis près d’une année ?
  4. Le FOCODE s’étonne du cas choisi par le Procureur Général de la République pour qualifier de « mensongères » certaines allégations de disparitions de personnes et s’interroge sur son silence sur de nombreux cas pertinents récemment soulevés. Le cas de TOYI Pascal a été évoqué deux jours  avant le point de presse de M. NYANDWI dans un article du journal SOS Média Burundi[3] qui avait alerté en ces termes : « Ce sont des policiers qui l’ont arrêté. Il a été conduit directement dans le cachot du commissariat communal. C’est de ce cachot que le chargé des renseignements au commissariat de la police pour la zone sud l’a retiré [vers 21 heures]. Il a été embarqué vers une destination inconnue ». Les propos de M.NYANDWI ne contredisent en rien l’article et le fait de sortir nuitamment des détenus des cachots sans indiquer leur nouvelle destination a souvent été un prélude à des cas de disparitions forcées ou d’exécutions extra-judiciaires. Le Procureur devrait plutôt interdire toutes les détentions secrètes des citoyens : les familles ont en effet le droit d’être informées des lieux de détention des leurs.
  5. Le FOCODE condamne les propos révoltants utilisés par le Procureur Général de la République pour appuyer sa négation : « des personnes partent pour se faire enrôler dans des groupes armés sans en informer leurs familles et celles-ci croient à tort qu’elles ont été enlevées ». Beaucoup de familles de victimes de disparitions forcées ont déjà reçu cette réponse, notamment dans la police et l’armée. C’est curieux que les mêmes mots soient utilisés par un procureur qui n’a pas encore enquêté !
  6. Le FOCODE invite le Procureur Général de la République à communiquer sur des cas précis déjà soulevés dans les rapports de la Campagne NDONDEZA et de différentes autres organisations de défense des droits de l’homme. Chaque cas de disparition forcée est unique et mérite une attention particulière. A titre illustratif, l’enlèvement et la disparition depuis trois semaines de M. Elie NGOMIRAKIZA, représentant du parti CNL dans la commune Mutimbuzi, ont été soulevés récemment par son parti, les médias et plusieurs organisations. Pourquoi M. NYANDWI maintient-il le silence sur un cas aussi emblématique en ce moment ?
  7. Le FOCODE réitère sa demande aux partenaires du Burundi, notamment à l’Union Européenne engagée dans un processus de normalisation de ses relations avec le Burundi, d’exiger des autorités burundaises la lumière sur les crimes de disparitions forcées et des engagements clairs sur la traduction en justice des agents de l’Etat impliqués dans ces crimes ignobles.
  8. Le FOCODE réitère enfin sa demande à la Cour Pénale Internationale d’enquêter  profondément sur le phénomène des disparitions forcées devenu récurrent au Burundi et d’engager des poursuites contre leurs auteurs présumés.    

FIN

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