Déclaration du FOCODE à la suite des propos tenus par le Président Evariste NDAYISHIMIYE sur les médias RFI et France 24.

« Le couteau du Président Ndayishimiye dans la plaie béante des proches des victimes de disparitions forcées au Burundi ! »

Au terme de sa visite d’Etat en République Démocratique du Congo (12-14 juillet 2021), le Président du Burundi, Evariste Ndayishimiye, a accordé une interview exclusive aux journalistes des médias RFI et France 24[1]. Au cours de l’interview, le Président Ndayishimiye a abordé la question des disparitions forcées sous la forme d’un déni total en ces termes :

« En tout cas, à ce que je sache, il n’y a pas de disparitions forcées au Burundi ; sinon vous me diriez un nom : telle personne est disparue ! Ce que je sais aussi c’est qu’il y a des criminels qui, juste après avoir commis des crimes, vont au Rwanda et nous n’avons pas le droit d’aller fouiller au Rwanda. Vous savez qu’il y a eu 19 criminels qui ont saccagé des familles, qui ont tué des personnes à Kayanza et après ils ont fui vers le Rwanda. Jusque maintenant ils sont au Rwanda et les gens disent qu’ils sont disparus, mais je sais qu’ils sont quelque part ».

Face à cette négation des crimes aussi graves que les disparitions forcées, le FOCODE déclare ce qui suit :

Le FOCODE est choqué et condamne les propos du Président Evariste Ndayishimiye niant l’existence des cas de disparitions forcées au Burundi et taxant les victimes de « criminels » qui seraient cachés au Rwanda.

Le FOCODE rappelle qu’elle a lancé le 28 avril 2016 la «Campagne NDONDEZA[1] contre les disparitions forcées au Burundi », campagne à travers laquelle des centaines de cas de disparitions forcées ont été déjà documentés tandis que plusieurs rapports y relatifs ont été rendus publics[2] et transmis aux autorités burundaises ainsi qu’aux divers mécanismes de protection des droits humains. Depuis l’accession d’Evariste Ndayishimiye au pouvoir en juin 2020, le FOCODE a reçu des informations sur une trentaine de cas pouvant constituer des cas de disparitions forcées.

Le FOCODE s’indigne des mensonges contenus dans les propos du Président Evariste Ndayishimiye, notamment quand il déclare que les 19 rebelles burundais capturés par l’armée rwandaise en octobre 2020[3] sont aujourd’hui considérés comme des « victimes de disparitions forcées ». Aucune organisation de défense de droits de l’homme n’a évoqué ces rebelles comme des « victimes de disparitions forcées » d’autant plus que le Rwanda les a présentés le 05 octobre 2020 au mécanisme militaire conjoint de vérification des frontières de la Conférence internationale sur la région des grands lacs, CIRGL[4].  

Le FOCODE considère les propos du Président Ndayishimiye comme un poignard remuant la plaie béante des proches des victimes de disparitions forcées au Burundi. La disparition forcée procède de trois étapes importantes : l’arrestation ou l’enlèvement par des agents de l’Etat notamment, la détention secrète des victimes et la négation de leur détention par l’Etat. Le « sinon vous me donneriez un nom » d’Evariste Ndayishimiye rappelle cette triste réalité aux familles des victimes : les leurs sont niés par l’Etat jusqu’à leurs noms. La souffrance des proches des victimes est d’autant plus vive que l’Etat nie la détention des victimes et refuse en même temps d’enquêter sur leur sort.

Le FOCODE rappelle au Président Ndayishimiye que plusieurs enquêtes sont unanimes sur l’implication du Service national de renseignement (SNR) dépendant directement de lui, de certains services de l’armée et de la police dont la garde présidentielle et de la milice Imbonerakure dans les arrestations et les enlèvements ayant abouti à des disparitions forcées dont les victimes sont essentiellement des anciens manifestants contre le troisième mandant du Président Nkurunziza, des militants de l’opposition[5], des défenseurs de droits de l’homme et des militaires et policiers issus de l’ancienne armée (ex-FAB) ou de l’ancienne rébellion des FNL.

Le FOCODE rappelle que les propos du Président Ndayishimiye s’inscrivent dans une longue série de déclarations d’autorités burundaises niant l’existence des cas de disparitions forcées depuis l’éclatement de la crise de 2015 et confirment malheureusement que son régime continuent la politique de terreur contre les citoyens, de violations graves des droits humains et de leur impunité. Des propos similaires ont été tenus notamment le 13 avril 2021 par le Président de l’Assemblée Nationale, Monsieur Daniel Gélase Ndabirabe, lors de la présentation du rapport annuel de la CNIDH – édition 2020.[6]

Le FOCODE demande aux autorités burundaises d’instaurer la transparence à propos des lieux de détention pour chaque cas d’arrestation d’un citoyen et de mettre fin au phénomène de l’enterrement sans aucune identification des corps sans vie découverts dans les différentes localités du pays.

Le FOCODE demande aux partenaires du Burundi, notamment à l’Union Européenne engagée dans un processus de normalisation de ses relations avec le Burundi, d’exiger des autorités burundaise la lumière sur les crimes de disparitions forcées et des engagements clairs sur la traduction en justice des agents de l’Etat impliqués dans ces crimes ignobles.

 Le FOCODE réitère sa demande à la Cour Pénale Internationale d’enquêter  profondément sur le phénomène des disparitions forcées devenu récurrent au Burundi et l’engagement des poursuites contre leurs auteurs présumés.    

FIN

Rappel d’autres messages des officiels burundais niant les disparitions forcées au Burundi :

  • Le 13 avril 2021, lors de la présentation du rapport annuel de la commission nationale indépendante des droits de l’homme (CNIDH), le président de l’Assemblée Nationale, Monsieur Daniel Gélase Ndabirabe a déclaré : « ce n’est pas la première fois que la question des disparitions forcées est soulevée, cela dure déjà depuis un bon bout de temps. J’ai même vu à un certain moment une personne qui invitait les burundais à fuir le pays et qui par après déclarait ceux qui ont fui comme des victimes de disparitions forcées. Je ne vais pas donner trop de détails, je sais que beaucoup ont vu ces messages sur whatsapp et d’autres réseaux sociaux, des messages qui invitaient des gens avec la promesse de les emmener au Canada et qui déclaraient après que ces personnes avaient été tuées alors que les auteurs savaient où ils les avaient emmenés ».
  • Le rapport annuel de la CNIDH – édition 2020[7] déclare 0 cas de disparition forcée en 2020 alors que la commission a été alertée à plusieurs reprises sur les cas de disparitions de citoyens en 2020 ; le cas le plus illustratif étant celui de la disparition forcée de cinq militants du parti CNL originaires de la commune Kiganda, introuvables depuis leur arrestation le 08 octobre 2020 par le responsable du SNR en province Mwaro, Gérard Ndayisenga.[8]
  • Le 03 octobre 2020, le Président de l’Observatoire pour la Prévention et l’Eradication du Génocide, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, Monsieur Jean de dieu Mutabazi, a déclaré sur la radio anglaise BBC que les personnes déclarées par FOCODE comme « victimes de disparitions forcées » venaient d’être rapatriées du Rwanda. Le FOCODE a envoyé à l’animateur de l’émission la liste et les photos des victimes de disparitions forcées figurant dans les rapports de la Campagne NDONDEZA et il a demandé que M. Mutabazi revienne dans une autre émission pour préciser les noms des victimes rapatriées, mais M. Mutabazi a refusé cet exercice.
  • En février 2019, le porte-parole de la police, Monsieur Pierre Nkurikiye, a annoncé dans un point de presse que c’est le FOCODE qui enlevait des gens et les tuaient avant de les déclarer comme victimes de disparitions forcées ».
  • Le 30 août 2017, interrogée sur la disparition forcée du journaliste Jean Bigirimana, l’ambassadrice du Burundi en France, Christine Nina Niyonsavye, a déclaré que certaines personnes avaient décidé volontairement de disparaître et qu’elles se trouveraient dans d’autres pays où elles auraient changé de noms.[9]
  • Le 10 juin 2017, le président du FNL pro-gouvernemental et cadre de l’Etat, Monsieur Jacques Bigirimana, a déclaré que le FOCODE organisait les enlèvements suivis de meurtres des citoyens mais aussi l’exil des citoyens burundais en Amérique et aux Pays-Bas avant de les déclarer comme des victimes de disparitions forcées. Selon lui, ces opérations sont financées par des ONGs américaines et européennes.[10]
  • Le 28 août 2016, Monsieur Jean de Dieu Mutabazi a publié sur son compte Twitter[11] que le journaliste Jean Bigirimana, introuvable depuis son enlèvement le 20 juillet 2016, aurait rejoint son oncle Léonidas Hatungimana plus connu sous le sobriquet de « Tout autre »[12]
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