FOCODE en deuil: Jean-Claude NDUWAYEZU n’est plus.

#Burundi Jean-Claude NDUWAYEZU n’est plus, le FOCODE est en deuil. Jean-Claude s’est éteint jeudi soir (17 novembre 2016) au troisième jour de son hospitalisation à l’Hôpital Prince Régent Charles de Bujumbura. Il aurait succombé aux complications d’une malaria tardivement soignée. Souffrant depuis deux semaines, il n’avait été autorisé à se rendre à l’hôpital que mardi dernier, dans le coma! Arrêté le 08 mars 2014 alors qu’il portait secours à Roger MUHIZI – un jeune blessé lors de l’attaque de la permanence nationale du parti MSD par des éléments de la police nationale- Jean Claude NDUWAYEZU, comme ses compagnons d’infortune, attendait le prononcé d’un jugement en délibéré depuis plus d’une année!

Jean-Claude était membre du Focode Asbl depuis 12 ans et avait fait montrer d’un engagement citoyen sans précédent. Travailleur infatigable, il avait occupé des responsabilités à tous les échelons de notre organisation: du chef de groupe (une structure de 10 membres) au membre du comité exécutif. Bénévole, toujours prêt à servir, il a enseigné au Lycée Etoile de l’Espoir (une école initiée par le FOCODE en 2004), participé aux formations de nouveaux membres et contribué au dynamisme de plusieurs groupes thématiques du FOCODE. Quoi que très peu bavard, il avait connecté l’organisation à des amis très précieux et était très réputé pour son sens de la discipline et de l’organisation.

Le décès de Jean-Claude NDUWAYEZU rappelle une injustice odieuse que vivent des membres du parti MSD depuis le 08 mars 2014. En effet il y a plus de deux ans et demi depuis que des éléments de la police nationale ont fait un assaut sur la permanence nationale du MSD et arrêté plusieurs dizaines de ses militants qui s’y trouvaient en réunion. C’est dans ces circonstances que le jeune Roger MUHIZI a été gravement blessé et que Jean-Claude NDUWAYEZU (bien formé en secourisme en tant que membre du mouvement SCOUT) a été appelé à son secours. Il a été arrêté alors qu’il tentait de stopper l’hémorragie d’un bras de Roger MUHIZI. Une version de son arrestation qu’il a confiée au FOCODE et bien défendue devant les juges. Ces mêmes juges qui n’ont pas pu démontrer la responsabilité personnelle de Jean-claude NDUWAYEZU mais qui, malheureusement, n’ont pas hésité à le condamner à 10 ans de prison. Comme ses compagnons il a interjété appel et a été entendu par la cour d’appel de Bujumbura en octobre 2015. Son dossier est en délibéré depuis plus d’une année; pourtant pour les dossiers de « flagrance », la loi burundaise n’accorde au juge que 15 jours de délibération!

A titre de rappel, dans la seule journée du 18 mars 2014, le tribunal de grande instance de Bujumbura a jugé collectivement les 70 personnes arrêtées le 08 mars 2014 et leur a appliqué la procédure de flagrance. Sans jamais démontrer la responsabilité de chacun des prévenus, le tribunal a rendu son verdict le 21 mars 2014: 21 personnes condamnées à la prison à perpétuité, 10 autres à 10 ans de prison et 14 autres à cinq ans. Vingt-deux accusés ont été acquittés. Trois accusés plus jeunes, tous âgés d’environ 17 ans, ont été jugés par une chambre pour mineurs le 19 mars et condamnés le 26 mars à deux ans de prison. Human Rights Watch a documenté et condamné ce procès inéquitable: https://www.hrw.org/fr/news/2014/07/16/burundi-il-faut-mettre-fin-la-repression-des-opposants-et-des-detracteurs-du

Le décès de Jean-Claude NDUWAYEZU illustre, encore une fois, les conditions inhumaines qui sévissent dans les prisons burundaises et l’irresponsabilité des autorités pénitentiaires. Jean-Claude était souffrant depuis deux semaines. Dimanche le 13 novembre, sa situation s’est gravement détériorée. Le lendemain matin, les services sanitaires de la Prison de Mpimba ont détecté une complication de la malaria et ont recommandé son transfert dans un hôpital en dehors de la prison. La direction de la prison a négligé l’urgence de cette situation. Jean-Claude ne sera finalement transféré à l’Hôpital Prince Régent Charles que deux jours plus tard, après l’intervention de la CICR, de la famille et même du responsable social de la prison. Il est arrivé à l’hôpital, déjà à l’état de coma avant de s’éteindre dans la soirée du jeudi 17 novembre 2016. Une négligeance loin d’être unique: plusieurs autres prisonniers sont déjà décédés dans les geôles burundaises après que des autorités pénitentiaires avaient tardé à autoriser leur transfert à l’hôpital. Il y a lieu de rappeler notamment le décès de Bienvenue BUSUGURU le 12 mars 2014 à la prison de Mpimba ou de Jacques BIHOZAGARA le 30 mars 2016.

Jean-Claude NDUWAYEZU est né en 1974 à Nyentambwe, en commune Ryansoro de la province Gitega. Après des études de physique à l’Université du Burundi, il enseignait depuis 2006 au Lycée du Saint-Esprit à Bujumbura. Il laisse une jeune fille de 16 ans. Au FOCODE, nous garderons l’image d’un homme laborieux et sérieux, celui d’un militant contre toute forme d’injustice, et surtout celui d’un grand patriote. Personnellement, je perds un ami.

Une image reste gravée dans ma tête. En janvier 2007, il avait assidument participé à la préparation d’une séance de plantations d’arbres pour protéger les berges de la Ntahangwa à Mutanga. Le FOCODE a invité le Président Nkurunziza dans cette activité. Jean-Claude NDUWAYEZU a veillé aux moindres détails de cette visite; il est resté à quelques mètres de Pierre Nkurunziza comme on le voit sur la photo de cet évenement. A ce moment-là, nous ne pouvions pas imaginer que Jean-Claude mourra captif du système haineux, injuste et répressif de Nkurunziza, un mois seulement après la radiation du FOCODE.

Jean-Claude NDUWAYEZU a voulu sauver un blessé; cela lui a valu plus de deux ans à la prison centrale de Mpimba; une condamnation injuste sans aucune précision sur sa responsabilité; un dossier judiciaire en délibéré depuis plus d’une année et le refus de se faire soigner à temps! Mais il est resté digne, jusqu’au bout.

Que son âme repose en paix!

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Les obsèques de Jean-Claude NDUWAYEZU auront lieu ce lundi 21 novembre 2016 au Cimétière de Mpanda. Les cérémonies de levée du corps commenceront à 7h30 à la morgue de l’Hôpital Prince Régent. La suite des évenements, ce sera directement au cimétière de Mpanda.

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